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Djakarta - Bogor - Puncak Pass - Cibodas
Les brochettes de la veille, vite avalées dans l'échoppe surchauffée, m'ont largement sustenté. Je m'endors repu pour une bonne nuit de sommeil. Le train pour Bogor est à 9h33, réveil prévu à 7h30. A l'heure du lever, le train de 10h55 me semble largement plus approprié. Mais je suis réveillé et après une grosse hésitation, la raison l'emporte : 9h33 sera l'objectif. Déjeuner rapide au bistro apéro de la veille qui me semblait préparer de bons petits plats. Panne de courant, on ne sert pas à manger... Le buffet de mon hôtel conviendra parfaitement. Croissants, beurre, miel et café... Empaquetage rapide puis départ pour la gare que je rejoins en moins de 15 minutes. La ville semble vide... elle l'est... mais le trafic habituel s'est déplacé plus au sud de l'île, je le retrouverai plus tard dans l'après-midi...
A la gare, le guichet pour Bogor repéré la veille est le seul sans queue et pour cause : pas de train à 9h33, le suivant est à 10h52, la journée aurait pu mieux commencer ! Je me découvre alors des ressources incroyables (et inconnues jusque là) qui me permettent de prendre mon mal en patience. Deux heures d'attente pour un trajet de 45 minutes, 6 trains provenant d'une autre gare plus haut dans la ville qui passent à vive allure sur mon quai, sans pour autant s'arrêter. Ce sont les trains bon marché qui sont bondés en ce dimanche. Bogor n'est qu'une ville étape ou relais pour moi, je souhaite y prendre un bus pour Cibodas, village perché dans les montagnes environnantes.
Dès la descente du train, je suis vite repéré par un homme qui engage la conversation. Il connaît son baratin par cœur et arrive à me diriger dans le bureau de la « Tourist Information ». Ce n'est pas mon habitude de suivre un inconnu baratineur, mais dans ce cas :
1. Je n'ai pas la moindre idée de comment je vais pouvoir me rendre à Cibodas
2. Les abords de la gare sont un immense marché bondé de voyageurs, de commerçants et de clients occupés à leurs achats et je suis quelque peu perdu.
Arrivé dans ledit bureau, l'homme sort un cahier rempli de témoignages de mes semblables, puis me montre une quantité de photos... il me propose un tour « Eco Tourisme » de 4 jours et 3 nuits avec visite de parcs nationaux, découverte d'un volcan, marche à travers des plantations de thé et villages ruraux. L'offre est intéressante bien que chère (150€). Il faut être trois personnes minimum, il me dit que les prochains trains amèneront leur lot de visiteurs et qu'il trouvera deux autres personnes...
Moi je souhaite me rendre à Cibodas. C'est ce que je veux et pour cet hypothétique tour, eh bien nous verrons plus tard. Je laisse à mon interlocuteur mon numéro de téléphone portable et si il trouve d'autres personnes, il me tiendra au courant par SMS. Content de lui, il consent à m'expliquer comment rejoindre Cibodas.
Angkot (transports publics) n°3 jusqu'à la gare routière, puis prendre un minibus jusqu'à Cipanas et ensuite un transport en commun jusqu'à Cibodas. Facile ! Mais la route est encombrée ajoute-il...
A la gare routière : rien ! Cipanas ne figure pas dans le choix des destinations, ni Cibodas d'ailleurs. Le préposé aux tickets me guide vers des chauffeurs de taxi non loin de là. Cibodas, c'est possible en voiture, mais le prix c'est 250'000 Rp... cher... Je négocie et propose 150'000 Rp pour qui m'emmènera. Un chauffeur bourru et plutôt agressif pendant la négociation emporte le lot.
C'est parti. Le chauffeur s'appelle Martin, il devient extrêmement gentil et cordial aussitôt que nous avons quitté ses collègues agglutinés autour de moi pendant la discussion. Impossible d'évaluer le temps pour rejoindre Cibodas. Peut-être 1,2,3,4 heures. Le temps ne semble pas important, ce qui compte c'est les kilomètres parcourus et donc la quantité d'essence consommée. L'objectif du jour est de passer le Puncak Pass, col réputé pour ses plantations de thé et ses paysages inoubliables... Inoubliable, mais pas dans le sens où l'on peut se l'imaginer : dès la sortie de la voie rapide, la route permettant l'accès au col est bouchée. Deux files de voitures arrêtées.
Martin ne perd pas une seconde, marche arrière et retour sur l'autoroute... « Alternative road » me dit-il... Une route, à travers la campagne verdoyante, ne permettant pas vraiment de croiser, des virages serrés, des pentes raides, accélérateur à fond ! Le taxi se retrouve dans un village, traversée du marché bondé. Plusieurs passants maudissent mon chauffeur qui leur roule presque sur les pieds. Après un robuste gymkhana, nous rejoignons la route du Puncak Pass.
Le topo est clair : dans le sens de la montée, donc le nôtre, on avance à petits pas. Dans le sens de la descente, le trafic est stoppé et ceci jusqu'au sommet du col. Mais les conditions ne s'améliorent évidemment pas à la descente sur Cibodas. Un bouchon de 20km sur une petite route de montagne... Certes le paysage est intéressant, des plantations de thé soigneusement entretenues, les gaz d'échappements donnant certainement un goût particulier au thé produit ici.
En fait cette région est la porte de sortie de Djakarta vers le sud et la ville, les problèmes de la métropole se retrouvent ici, aujourd'hui. Il faut dire que j'ai mal choisi mon jour : un dimanche de vacances scolaires... cocktail bouchonné. Mais moi je vais toujours à Cipodas et mon guide LP est formel : endroit calme et peu visité.
Courte pause en haut du col pour déguster un maïs grillé en compagnie de Martin. Détail intéressant : lui mange son maïs de gauche à droite en l'entaillant de grandes lignes horizontales alors que je tourne mon épis afin de le grignoter régulièrement d'un bout à l'autre. Le résultat est le même : un repas vite avalé et un cure dents pour chacun.
J'ai reçu un SMS de Bogor dans lequel on me dit que « l' Ecotour » part demain à 10h, deux Suisses ont été amadoués de la même manière que moi à la gare... J'hésite...
En arrivant au carrefour pour Cibodas, la police ne laisse aucune voiture s'engager sur la route qui y mène, il y a déjà trop de monde là-haut. Je n'hésite plus et annonce à Martin que je rentre à Bogor le soir même avec lui.
Il me demande, sans grande conviction, si je suis d'accord de doubler le prix vu qu'il devra me transporter également au retour ! De toute façon, avec ou sans moi, il doit rentrer à Bogor... je m'empresse de lui expliquer la chose, il n'insiste pas.
Il propose que je me rende à Cibodas à pied, 4km de bonne montée puis de revenir au carrefour où il m'attendra. Nous rentrerons ensuite à Bogor ensemble. Je veux visiter ce village, mais pas y aller à pied, car compte tenu du bouchon qui nous attend, il faudra au moins 5 ou 6 heures pour redescendre en ville.
Martin stoppe une moto qui m'embarque pour une somme modique. Pendant ce temps, il gardera mes affaires dans son taxi et m'attendra au carrefour. Je lui donnerai 50'000Rp de plus pour l'attente.
Les quatre kilomètres à moto sont épiques, en fait nous longeons un bouchon de 4km constitué de voitures et de bus redescendant de Cibodas et son fameux jardin botanique. Littéralement arrêtés, les chauffeurs dorment, le moteur éteint, ça n'avance pas ! Une foule incroyable descend la seule rue du village. Dans un parking en contrebas, des dizaines de bus ont déversé leurs passagers. Mon conducteur se faufile à travers la foule à coups de klaxon. Me voici à l'entrée du jardin botanique.
Je passe la grille sans ticket et personne ne me demande rien. Les nuages sont accrochés aux montagnes proches et une bruine légère rafraîchit l'air.
Le jardin est envahit de visiteurs. Je débute la visite de bon pas car j'ai dit à Martin que je serai de retour après deux heures. J'ai décidé durant la montée à moto que je redescendrai les 4km à pied, il me faudra environ 45 minutes.
« Hello mister, how are you ? » semble être la phrase à connaître pour un autochtone. Je l'entendrai au moins 50 fois de la part de groupes de jeunes qui ne peuvent s'empêcher de rire dès que je leur réponds.
La visite est brève d'autant plus qu'il commence à pleuvoir. L'intérêt du jardin botanique me semble très limité. A l'extérieur, je traverse d'un pas rapide le marché où une foule d'Indonésiens font leur shopping. L'altitude et le climat semblent propices aux plantations potagères. Les fruits et légumes abondent et sont magnifiques.
Je descends la rue étroite et suis toujours salué par ceux que je croise par un « Hello Mister ». J'éprouve une certaine fierté lorsque je rejoins la file de bus et de voiture arrêtés en contrebas. Je les dépasse les uns après les autres.
Tous les voyageurs sont entassés dans des bus. Sous une pluie légère, je marche simplement et avance beaucoup plus vite. Mais la marche semble être catégorisée « activité étrange » dans plusieurs contrées d'Asie que j'ai visitées. Pourquoi marcher alors que l'on peut se déplacer en voiture, à moto, à vélo ou en bus ? Ici le temps n'a aucune prise sur les gens, à part sur moi peut-être.
Je rejoins Martin, qui s'empresse de m'annoncer que nous sommes très chanceux. La police vient d'interdire l'accès au Puncak Pass depuis Bogor, en conséquence, nous aurons les deux voies pour rentrer. Etrange pays tout de même, imaginez que l'on ferme un col dans les Alpes, mais dans un sens seulement pour permettre aux voitures roulant dans le sens inverse de dévaler la pente à toute vitesse... ici c'est possible.
Le retour à Bogor prend moins de 2 heures sur une route tout de même bien encombrée, mais avec des bonnes possibilités pour mon chauffeur de changer de voie, dépasser par le bas-côté et faire quelques frayeurs aux motards qui se risquent à rouler à contresens.
Je rejoins Bogor, où l'homme rencontré à la gare m'a réservé une chambre au Firman Guesthouse. Je l'y retrouve, nous discutons longuement du programme des quatre jours suivants. Je tente également de négocier les prix, mais mon interlocuteur est rompu à ce genre d'exercice et cela augmente considérablement le niveau de difficulté.
Avant d'accepter sa proposition, je suis pris d'un intense moment de doute : soit je pars avec lui et le deux autres Suisses pour une découverte approfondie de West java, mais avec de forts relent de tourisme organisé. Soit je prends un bus le lendemain pour Bandung et Centre Java. Mais j'ai le temps et je suis très curieux de voir ce qu'il me propose. Le programme est alléchant et le prix pas vraiment un problème. Au pire, si ce n'est pas à mon goût, je demanderai à être lâché quelque part pour reprendre ma propre route.
La guesthouse est sympa, les deux Suisses sont couchés depuis 19h. (au moins ils seront en forme demain...). Je décide d'avaler un repas rapide au café voisin.
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